Les romans de Didier Paris sont publiés par les éditions COMPLICITES, Paris 15ème
https://www.editions-complicites.fr/pages-auteurs/didier-paris/
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Pays minier du nord de la France, vendredi 1er mars 1963.
─ C’est la grève.
Le froid glacial s’attardait en cette fin d’hiver qui n’en finissait pas, à Hénin-Liétard, alimenté par une bise tenace venue du nord, cinglante et qui mord. La rumeur enflait. Elle se répandait dans les rues de la cité, inexorable, comme l’eau d’une crue lente, mais nécessaire. Une rivière qui envahirait la ville. De vieilles Polonaises qui travaillaient au trousseau d’une future mariée, dans un nuage de duvet suspendu autour d’un édredon en cours de remplissage, l’assuraient. C’est la grève. Les commerçants, attablés au P.M.U. du coin, le caractère embrumé par le pastis du sud, mais attentifs à poinçonner leurs tickets du prochain tiercé, la craignaient, dépités, malgré tout l’esprit d’abord absorbé par le choix du cheval gagnant. C’est la grève. Les enfants la dansaient, en ronde, sur l’air du pont d’Avignon. Les Maheude l’attendaient, fébriles, mais déterminées. Leurs maris, les mineurs, en débattaient : le syndicat allait décider. Il fallait défendre la fiche de paye. Et puis c’était quoi ce plan de réduction de la production ? Du charbon, c’était indispensable. Il fallait bien se chauffer. Faire tourner l’industrie, les centrales thermiques. C’était quoi ces foutaises ? Moins cher à l’étranger ? Le pétrole ? Et l’indépendance nationale alors ? Des jours, des semaines qu’on la sentait venir, cette grève. Des mois que la fiche de paye avait décroché, l’inflation, le coût de la vie. Les ingénieurs expliquaient, la concurrence internationale, les hydrocarbures, bientôt le gaz de Hollande, et même, déjà, les premiers forages en mer du Nord. Mais ces techniciens ne voulaient pas non plus se couper de leurs hommes. Et puis, eux aussi, avaient le désir de produire du charbon : ils appartenaient au Corps des mines. Ça voulait dire quelque chose. Pour eux, la grève, c’était anticiper le blocage des puits, les mises en sécurité et tout le reste.
─ C’est la grève ! ça y est !
La radio l’avait dit : les responsables du syndicat, à Paris ; la rencontre avec le gouvernement qui avait échoué ; la grève décrétée.
***
Avignon, dix jours plus tard, lundi 11 mars
L’écho de la grève des mineurs du nord et de l’est de la France s’était diffusé jusqu’au sud du pays, en cette fin d’hiver 1963. L’élan de solidarité était national. Des collectes, des dons. Tout le monde soutenait les mineurs. Mais ce n’était pas cette actualité qui retenait l’attention du commissaire Fabian, à Avignon, en ce début de matinée. Un homme était mort. Un coiffeur. Une paire de ciseaux plantée dans la poitrine, un coup violent, plein de rage.
Le policier était arrivé, assis au volant de sa D.S. noire, accompagné de son adjoint, Juillet. L’été des quatre saisons, plaisantait son supérieur, à son propos. La voiture s’arrêta rue Peyrolerie, à l’angle de celles des Ciseaux d’Or. C’est une blague, avait persiflé le commissaire. Quoique l’entrée du salon soit localisée dans la première, feu le propriétaire avait baptisé celui-ci du nom de la rue voisine. L’occasion était trop belle. Plus loin dans la rue stationnait un fourgon Citroën pie, marqué POLICE.
Les portières s’ouvrirent sur la calade, un détail pour les chaussures d’hiver aux épaisses semelles des flics. Depuis des décennies, les galets du Rhône, ou sans doute de la Durance, s’étaient polis à force de passage. Les policiers allaient contribuer à cette usure du temps, abandonnant à leur tour la trace de leurs pas, imperceptible, non loin du Palais des Papes. Le mistral, venu du nord, rafraîchissait les rues chargées d’histoire, s’affolant en tourbillons insensés qui soulevaient les quelques feuilles mortes abandonnées là depuis la fin de l’automne. Le commissaire pivota sur son siège pour s’extraire de la voiture, une silhouette imposante qui se déploie sous la gabardine grise et le chapeau mou de feutre anthracite, la chevelure poivre et sel qui sied à un homme d’expérience. En quelques pas lents, Fabian et Juillet rejoignirent l’entrée du salon et les deux agents déjà sur place
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